Description du produit
Extrait
Avant-propos
Avec le temps, se découvrent à nous les contours mystérieux d'une carte invisible, où l'enchaînement des événements et des rencontres semble parfois trouver enfin un sens. C'est ce que nous autres, hommes de foi, appelons les desseins de la Providence ! Quand, la première fois, il m'a été donné (j'aime le sens profond de cette tournure) de rencontrer Guillaume Zeller sur le plateau d'une émission télévisée, un quelque chose de furtif me saisit : est-ce son regard, son nom qui ne peut m'être inconnu comme aumônier para ? Est-ce la voix, la façon de tendre la main ? Je ne sais. Si, peut-être une forme d'intelligence que je découvre dans le contenu et le ton de sa chronique. Toujours est-il que quelques mois après, quand apparaît la fiche de Guillaume sur mon écran d'ordinateur, sur lequel je consulte l'un des innombrables réseaux sociaux qui encombrent désormais nos vies, c'est presque naturellement que je lui propose d'entrer et de rester en contact.
Le 15 mars 2012, l'horreur semée par Merah sur le sol montalbanais me touche de plein fouet. Dans la tourmente et la violence de ces moments-là, il faudra écrire cette «fameuse» homélie pour Abel Chennouf, qui fera (modestement) le tour du Web. Cela fait un an et demi que l'essentiel de mon temps et de mon énergie est consacré à l'accompagnement des familles de nos camarades parachutistes tombés en Afghanistan : Morillon, Hugodot, Nunès-Patégo, Técher, Marsol, Gauvain, Guéniat, Tholy... Morts pour la France ! Pour vous ce ne sont que des noms... Pour moi des visages dans des cercueils, des camarades connus vivants, des épouses, des mères et des pères, des enfants, des pleurs, des souffrances, des incompréhensions. Et quand je vois mourir dans mes bras deux camarades de plus en ce mois de mars, oui, d'une certaine façon la coupe devient trop pleine.
Guillaume Zeller l'a compris. Si j'ai osé envoyer par email mon homélie pour Abel aux quelques journalistes que comporte ma liste de contacts, c'est pour lancer un cri d'alarme. Pitié ! Peut-on faire quelque chose pour que soit mieux honoré et reconnu le sacrifice de nos camarades militaires pour notre nation ? Peut-on essayer de mieux faire comprendre toute la noblesse et le désintéressement avec lesquels ces jeunes gens ont choisi de servir leur pays, notre pays ? Peut-on montrer le poids de souffrances qui pèse dès lors sur leurs proches et que les sommes d'argent déversées, la compassion médiatico-politique du moment, les honneurs rendus par l'armée, et même l'amitié des plus proches, n'allègent que très peu ? Et pour être franc, notre pays, la France, pourrait-il mieux honorer, respecter et rendre hommage à ces morts et leurs camarades vivants et surtout de manière plus réelle et concrète ?
C'est dans cet état d'esprit que j'ai accepté, non sans une certaine réticence au départ, la proposition de Guillaume Zeller d'écrire ce livre. Ma réserve tenait à deux raisons principales. N'ayant pas encore cinquante ans, et malgré une certaine expérience de vie, je ne me voyais guère entrer dans le genre «mémoires», «feu sur mes traces», ou pire encore, hagiographique ! Et puis (l'écriture de ce livre me le prouvera), on ne touche pas indûment à l'intime de soi : cela fait souffrir et en plus, dans le milieu «catho» et militaire dans lequel je vis, il ne convient pas de «s'étaler ainsi en public». Après ces hésitations, j'ai accepté cette collaboration avec Guillaume Zeller, d'abord et avant tout pour, à travers ces entretiens, rendre hommage à mes camarades militaires morts ou vivants. À ces hommes et ces femmes, dont finalement on parle peu, ou si mal. À ces sentinelles de la société auxquelles il est si peu rendu au regard des sacrifices qu'elles consentent. Ce livre est aussi pour moi l'occasion de reconnaître tout ce que j'ai pu recevoir en héritage, parfois dans la douleur, de mes parents, de ma famille, des amis prêtres et laïcs rencontrés au gré des circonstances, de mon pays et de mon Église.
Puissent ces lignes rendre hommage et reconnaissance aux uns et aux autres.
Père Christian Venard
Avec le temps, se découvrent à nous les contours mystérieux d'une carte invisible, où l'enchaînement des événements et des rencontres semble parfois trouver enfin un sens. C'est ce que nous autres, hommes de foi, appelons les desseins de la Providence ! Quand, la première fois, il m'a été donné (j'aime le sens profond de cette tournure) de rencontrer Guillaume Zeller sur le plateau d'une émission télévisée, un quelque chose de furtif me saisit : est-ce son regard, son nom qui ne peut m'être inconnu comme aumônier para ? Est-ce la voix, la façon de tendre la main ? Je ne sais. Si, peut-être une forme d'intelligence que je découvre dans le contenu et le ton de sa chronique. Toujours est-il que quelques mois après, quand apparaît la fiche de Guillaume sur mon écran d'ordinateur, sur lequel je consulte l'un des innombrables réseaux sociaux qui encombrent désormais nos vies, c'est presque naturellement que je lui propose d'entrer et de rester en contact.
Le 15 mars 2012, l'horreur semée par Merah sur le sol montalbanais me touche de plein fouet. Dans la tourmente et la violence de ces moments-là, il faudra écrire cette «fameuse» homélie pour Abel Chennouf, qui fera (modestement) le tour du Web. Cela fait un an et demi que l'essentiel de mon temps et de mon énergie est consacré à l'accompagnement des familles de nos camarades parachutistes tombés en Afghanistan : Morillon, Hugodot, Nunès-Patégo, Técher, Marsol, Gauvain, Guéniat, Tholy... Morts pour la France ! Pour vous ce ne sont que des noms... Pour moi des visages dans des cercueils, des camarades connus vivants, des épouses, des mères et des pères, des enfants, des pleurs, des souffrances, des incompréhensions. Et quand je vois mourir dans mes bras deux camarades de plus en ce mois de mars, oui, d'une certaine façon la coupe devient trop pleine.
Guillaume Zeller l'a compris. Si j'ai osé envoyer par email mon homélie pour Abel aux quelques journalistes que comporte ma liste de contacts, c'est pour lancer un cri d'alarme. Pitié ! Peut-on faire quelque chose pour que soit mieux honoré et reconnu le sacrifice de nos camarades militaires pour notre nation ? Peut-on essayer de mieux faire comprendre toute la noblesse et le désintéressement avec lesquels ces jeunes gens ont choisi de servir leur pays, notre pays ? Peut-on montrer le poids de souffrances qui pèse dès lors sur leurs proches et que les sommes d'argent déversées, la compassion médiatico-politique du moment, les honneurs rendus par l'armée, et même l'amitié des plus proches, n'allègent que très peu ? Et pour être franc, notre pays, la France, pourrait-il mieux honorer, respecter et rendre hommage à ces morts et leurs camarades vivants et surtout de manière plus réelle et concrète ?
C'est dans cet état d'esprit que j'ai accepté, non sans une certaine réticence au départ, la proposition de Guillaume Zeller d'écrire ce livre. Ma réserve tenait à deux raisons principales. N'ayant pas encore cinquante ans, et malgré une certaine expérience de vie, je ne me voyais guère entrer dans le genre «mémoires», «feu sur mes traces», ou pire encore, hagiographique ! Et puis (l'écriture de ce livre me le prouvera), on ne touche pas indûment à l'intime de soi : cela fait souffrir et en plus, dans le milieu «catho» et militaire dans lequel je vis, il ne convient pas de «s'étaler ainsi en public». Après ces hésitations, j'ai accepté cette collaboration avec Guillaume Zeller, d'abord et avant tout pour, à travers ces entretiens, rendre hommage à mes camarades militaires morts ou vivants. À ces hommes et ces femmes, dont finalement on parle peu, ou si mal. À ces sentinelles de la société auxquelles il est si peu rendu au regard des sacrifices qu'elles consentent. Ce livre est aussi pour moi l'occasion de reconnaître tout ce que j'ai pu recevoir en héritage, parfois dans la douleur, de mes parents, de ma famille, des amis prêtres et laïcs rencontrés au gré des circonstances, de mon pays et de mon Église.
Puissent ces lignes rendre hommage et reconnaissance aux uns et aux autres.
Père Christian Venard
Présentation de l'éditeur
15 mars 2012. Montauban. À quelques mètres de la caserne du 17e régiment du génie parachutiste, Mohamed Merah ouvre le feu sur trois soldats. Deux d'entre eux sont tués, le troisième est paralysé à vie. Un homme est là pour accompagner les derniers moments d'Abel Chennouf et de Mohamed Legouad : le père Christian Venard, aumônier de la base de défense de Montauban. Métier singulier que celui d'être prêtre auprès de tous les soldats, catholiques ou non, croyants ou non...En toute liberté, Christian Venard - que les militaires appellent «le padre» - livre ici le récit de sa vocation, le sens de son action, ses doutes, ses certitudes, ses douleurs et son espérance.
À l'âge de huit ans, il entend l'appel du Christ. Vingt-quatre ans plus tard, en 1998, ordonné prêtre depuis un an, il consacre son ministère à l'armée française et à ses soldats. Kosovo, Liban, Afghanistan, Côte d'Ivoire, Mali : cet aumônier parachutiste au caractère bien trempé a été de toutes les opérations extérieures conduites par l'armée française depuis quinze ans. Quand survient la mort, il est là pour accompagner ses «gars» tués au combat ou en service commandé, ainsi que leur veuve, leur mère, leurs enfants ou leurs proches.
De cette expérience intense, ce prêtre pas comme les autres a tiré une connaissance intime des hommes et une vision acérée du monde contemporain. De la maison familiale de Vienne, dans l'Isère, à la solitude des postes avancés en «opex», du séminaire français de Rome aux mosquées de Tombouctou, du management d'une PME au dépouillement afghan, de la lumière du Périgord où il habite à la désolation kosovare, le père Christian Venard, à quarante-sept ans, vit au coeur de son époque.
Dans cet échange avec Guillaume Zeller, il livre un éclairage passionnant sur notre temps et rend un hommage lucide et sincère aux soldats et aux prêtres.
Le père Christian Venard, né en 1966, est aumônier parachutiste. Il dessert la base de défense de Montauban
Guillaume Zeller, né en 1976, est journaliste. Il est rédacteur en chef de DirectMatin.fr.

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